Souvenirs, souvenirs…

Juste pour toi, Chrys !

De moments Nutella en moments Nutella…

Je vous ai dit dans un précédent article que j’allais essayer de profiter à fond des dernières semaines que je passe ici. Aussi je voudrais vous livrer quelques moments « nutella », ces moments un peu magiques où tout le monde est heureux (comme dans la pub nutella :) ) :

-          1er moment Nutella : celui où j’ai enfourché pour la première fois mon nouveau vélo. Enfin mon nouveau-vieux vélo, bref un vélo d’occas que j’ai acheté pour moi mais aussi pour les enfants il y a deux semaines de ça. Du bonheur en barre ! Tout d’abord un bonheur purement égoiste : celui de retrouver la liberté de se déplacer rapidement, à moindre coût, avec une empreinte écologique nulle, et par la même occasion repousser les frontières de mon environnement quotidien. En pédalant comme une gamine dans les petites ruelles de ma ville, j’ai découvert des petits coins vraiment sympas et je me suis sentie libre comme le vent ! Avec un grand sourire au lèvre :)  Et puis ensuite un bonheur partagé, celui d’apprendre aux enfants à faire du vélo : j’ai choisi délibérément un vélo un peu petit pour moi, pour que les enfants puissent s’exercer et à terme l’utiliser par eux-mêmes. Alors tous les soirs, après les devoirs, j’en emmène un ou deux faire un tour : au début, c’était épuisant, et puis au fur et à mesure, ils ont pris leur envol comme des petits oisillons. Pas tous encore évidemment, les plus petits devront attendre un an ou deux de grandir encore un peu. Mais la première fois que j’ai lâché Roshan pour ses premiers tours de pédaliers en solo et que je l’ai vu s’éloigner de moi fier comme un pinson, j’en ai eu des frissons ! Ca m’a pris par surprise… Du bonheur en barre je vous disais… Et la deuxième fois, en lâchant Dipesh, même sensation, un sentiment de fierté et de bonheur incroyable en le voyant s’arrêter au bout de quelques mètres, se retourner avec un sourire jusqu’aux oreilles et me crier : « Did you see ?!!! » Yep, bonhomme, I saw perfectly ! Rubina aussi s’y est mise, et maintenant je lui fais signe de loin de revenir et je suis obligée de lui crier « Come back now, we need to go home ! » La bonne surprise aussi de ces leçons de vélo, c’est que pour une fois c’est Mithu la plus douée. Elle a appris étant petite, quand elle devait ramener les récoltes des champs avec son vélo. Elle se débrouille comme une grande et elle a une assise de princesse ! Je n’ai pas manqué évidemment de la féliciter largement pour son sens de l’équilibre (elle roule à une main :)  ), car enfin pour une fois depuis qu’elle est ici, c’est la meilleure dans la discipline ! Je lui ai donc demandé de m’accompagner pour plusieurs leçons et d’expliquer en Népali aux autres enfants comment se tenir, comment pédaler etc…  Elle était toute fière et moi aussi, encore un moment Nutella de plus !

-          2eme moment Nutella : le goodnight kiss qui a été fortement perturbé par l’installation des nouvelles moustiquaires. Vu qu’il fait chaud et humide, on est envahis par des put*** de moustiques à la tombée de la nuit. C’était sur ma to-buy-list et je l’ai discrètement suggéré à Farokh comme cadeau de départ^^ Bref, donc on a installé les moustiquaires et du coup je peux pu accéder aux petites frimousses des enfants pour leur faire leur bisou ! Alors maintenant tous les soirs, ils me font une petite ouverture dans leur forteresse en plastique et je me contortionne pour arriver à leur faire un bisou qui, de soir en soir, est devenu un moment d’intimité avec chacun : je soigne un petit bobo, je mets de la crème, je fais des chatouilles ou je colle un bisou bruyant dans l’oreille de celui qui se cache sous les couvertures, non mais ! Et puis Purna et Deepak, qui sont à l’étage des lits superposés, me font trop marrer à passer leur toute petite tête à travers la moustiquaire pour me coller un smack sur chaque joue, je kiffe  :)  Les filles sont moins joueuses, plus pragmatiques, elles me disent bonne nuit avant de se coucher, mais ne me collent pas moins de quatre bisous chacune, tout en s’accrochant à moi et en essayant toujours de me faire rester un petit peu plus longtemps dans leur chambre à discuter de trucs de filles  :)

-          Dernier moment que je veux vous faire partager : la lecture de la PU en anglais à la messe dimanche dernier… C’est un sujet beaucoup plus personnel, qui mériterait un article entier de ce blog ou plutôt un chapitre entier de ma vie, mais je vais vous en livrer quelques lignes ici, juste pour vous faire partager et parce que c’est probablement aussi une des raisons de ma présence ici. Donc, il y a 3 semaines de ça, au hasard d’un de mes joggings matinaux, je suis tombée sur une église catho dans le quartier voisin. Ca faisait un bout de temps que j’en cherchais une, mais ici, comme vous pouvez vous en douter, ça ne court pas les rues. Mais avant d’aller plus loin, il faudrait peut-être que je vous explique pourquoi je cherchais une église catho… Pour faire court, je crois en 2 choses : la physique-chimie… et Dieu. La physique-chimie d’abord parce que c’est la seule discipline qui explique tout le monde matériel qui m’entoure : du fonctionnement du dérailleur de mon vélo quand j’étais gamine à celui d’une centrale nucléaire ou du décollage d’un avion aujourd’hui, la physique-chimie a répondu et répond encore à toutes mes questions. Et pour tout le reste, qui est du ressort des relations humaines, de la psychologie et de la philosophie, j’ai besoin de quelque chose de moins pragmatique et de plus spirituel, je l’ai trouvé dans une foi en Dieu souvent vacillante mais néanmoins toujours présente. Il faut ajouter que j’ai été élevée dans une famille catho très pratiquante. Mon enfance a été rythmée par la messe du dimanche : j’ai été servante de messe, lectrice,  j’ai joué l’Ange Gabriel et le prophète Isaïe à la crèche vivante annuelle. J’ai fait toutes les sorties de la « Communion fraternelle », un groupe de jeunes de ma communauté de paroisse, je suis allée en « retraite » en Normandie, puis dans un monastère en Belgique à plusieurs reprises. Oui, oui j’ai fait tout ça, et j’étais à fond, à peu près comme dans tout ce que j’entreprends encore aujourd’hui. Puis les études, le boulot et les petits soucis de ma vie nombriliste m’ont un peu éloigné de tout ça, je me suis lassée des messes devenues trop poussièreuses à mon goût et des discours moralisateurs. J’avais perdu le « sens ». Mais malgré tout, au fond de moi, j’avais toujours ce sentiment de bien-être en pénétrant dans une église, comme une invitation à la paix et à la plénitude. J’ai retrouvé ce même sentiment à Bodhnath, le plus grand temple bouddhiste de Kathmandu, la première fois que j’y suis allée il y a 2 ans (et toutes les fois depuis), et j’ai adoré. Bref, à mon premier retour du Népal, je me suis posée un peu pour me poser les questions importantes (l’âge de la maturité peut-être^^), et définir notamment enfin si oui ou non, je croyais en ce Dieu, Père, Fils et Saint-Esprit. Certains me diront : « Bullshits », d’autres me diront : « Mon Dieu à moi, il s’appelle Allah » ou « Bouddha », ou « Shiva ». Entre nous, je crois que plus important encore que le nom du Dieu auquel on croit, c’est le message qui est important. Je l’ai compris en vivant ici avec des gens d’une toute autre culture que moi. Si vous y regardez de plus près, le message est le même partout : la Charité et l’Amour de l’autre. J’ai même le souvenir lointain d’un texte de philo qui m’avait marqué en term (plus moyen de retrouver l’auteur…) et qui parlait de la sollicitude pour l’autre. C’est du pareil au même non ? J’en suis de plus en plus persuadée. Quant à mon Dieu à moi et à la croix que je porte autour du cou depuis mon départ, c’est mon choix personnel, après m’être posée pas mal de questions et avoir un peu creusé la doctrine sociale de l’Eglise (ouais hein, moi aussi ça m’a fait peur le mot « doctrine » au début, et pourtant c’est une sacrée source de réflexions !). Bref, voilà le pourquoi du comment je cherchais une église catho ici, j’avais besoin de retrouver mes messes du dimanche, l’eucharistie, l’évangile. J’avais fait une première tentative dans une église à 5 min à pied de l’orphelinat, mais je me suis retrouvée dans un rassemblement d’ultras, qui malgré une musique très entrainante, avaient un discours d’évangélisation un peu trop « croisade » à mon goût, et puis surtout, y’avait pas d’eucharistie, c’est quoi cette église ?! Donc en courant l’autre matin, quand j’ai vu le panneau « Catholic church of the Assumption », je me suis dis que j’allais tenter. Et le dimanche suivant, j’ai retrouvé tout comme chez nous, à la différence près que tout était en anglais :)  Alors dimanche dernier, après avoir engueulé Niraj comme du poisson pourri pour ne pas avoir lavé ses chaussettes et sa chemise pour l’école, et m’être énervée contre moi-même de m’énerver contre un gamin de 10 ans pour ne pas avoir fait sa propre lessive (on marche sur la tête, en France, ce genre de choses n’arriverait jamais !), je me suis rendue à la messe… en vélo :)  (oui, j’aime bien cumuler les moments Nutellas  ;)  ). Je suis arrivée en avance, l’idéal pour me calmer un peu dans cette église dans laquelle je me sens vraiment bien, il n’y a pas de bancs mais des coussins au sol, on s’asseoit en tailleur, c’est tellement plus sympa ! (Ah oui et puis pour le signe de la Paix, on se fait des Namaste, je kiffe  :)  ) Bref, donc j’étais en avance, et là un petit bonhomme vient me demander si je veux bien faire une lecture.. « Euh, yeah why not… but you know I’m French and my english accent is really not perfect… » Evidemment, il ne comprend pas ce que je lui dis, puisque lui il est népalais et qu’il a un accent népalais^^ Bref, donc j’accepte, en me disant qu’en relisant plusieurs fois, j’arriverais bien à m’en sortir… 5 minutes plus tard, c’est le prêtre en personne qui vient me voir en m’expliquant le signe qu’il va me donner pendant la messe au moment où je devrais venir lire (je lui dis pas que j’ai bien une petite idée de quand on lit la prière universelle mais bon il vaut mieux être sûr^^). Je lui explique à lui aussi le coup de l’accent français, mais il me répond : « That is really not a problem ! ». Ok, fine… Let’s go pour une lecture en anglais alors… La messe se passe, l’homélie est particulièrement épique, je kiffe ce prêtre, il interpelle, pose des questions, parle des premiers pas de l’homme sur la Lune pour illustrer ses propos, bref, c’est intéressant et plein d’enseignements. Et le moment arrive où il me fait le fameux signe. Bon, ben… quand faut y aller… Je me retrouve donc, devant plus de 150 personnes, dont une moitié d’expatriés (les expat’  ;)  ), une moitié de népalais et une petite portion de Blacks (la première fois que j’en vois dans ce pays). Je prends mon plus bel accent anglais (enfin j’essaie) et je me retrouve comme la première fois que j’ai lu à la messe, comme une gamine à bûcher sur certains mots et à avaler certains autres. Là, je repense à François et à son fameux « Dou-ce-ment !» qu’il prononçait tellement fort que toute l’assemblée l’entendait^^ Je lis doucement donc et j’arrive même à prononcer « wholeheartedly » sans me tromper  :)  Je retourne à ma place, des gens me sourient, ils nous ont découvert, moi et mon accent français ! Mais c’est pas grave, ils ont l’air d’avoir compris, puisqu’ils ont répondu à chaque fin de phrase^^ Voilà, c’était mon moment Nutella du dimanche matin, et ça m’a donné la patate pour la journée. Et en fin d’après-midi, en allant chercher les enfants à l’école, j’ai retrouvé Niraj qui m’a dit dans un sourire :  « And now I will wash my socks, yes, miss ? » «Yes, Niraj, and I can help you if you want ! ».

 

Pour finir cet article, je ne veux surtout pas oublier les multiples moments Nutella que je passe actuellement au cyber café, quand je lis vos commentaires, vos mails et vos petites phrases quand on discute. Je les appelle « les mots qui touchent ». Et il y en a une multitude. Finalement, je crois que je partage plus de choses  avec certains d’entre vous par écrit quand je suis à des milliers de kilomètres que quand on se voit en vrai. C’est fou ça quand même ! Mais dans tous les cas, c’est génial et je tiens à vous remercier mille fois, vous tous qui m’écrivez, parce que vos messages de soutien et d’encouragement, qui me font parfois sourire, parfois rire (et parfois même me font venir une petite larme au coin  de l’œil) me donnent une patate folle et me confirme ce que je sais déjà : le fait de demander un mi-temps annualisé et de venir ici pendant ces 5 mois est la meilleure décision que j’ai pris de ma vie ! (oui je sais, j’avais déjà dit ça pour mon premier voyage ici, mais là c’est vraiment la meilleure décision de ma vie :) )

Et de trois…

En passant

Ca y est, j’ai déposé Buzz à l’aéroport… C’est la troisième fois en l’espace d’un mois et demi que je dépose quelqu’un qui repart en France… Et ça m’a fait bizarre à chaque fois… Mais la prochaine fois que j’y retourne à cet aéroport, c’est pour mon propre départ…

Alors je vous donnerai plus de détails du trek dans un prochain article, mais pour résumer, la dernière fois que j’ai écrit je vous disais qu’on était à 3500m et qu’on s’appretait à attaquer les 4000… hé ben on y est jamais arrivé ! Le mal des montagnes s’en est mêlé et tout le reste du voyage a consisté à ramener un Matbuz bien malade à Kathmandu (mais rassurez-vous dès l’atterrissage à Kathmandu, ça allait déjà beaucoup mieux, comme quoi l’altitude…) et à gérer des trucs relous. Le point positif de l’histoire c’est que du coup on est revenus plus tôt que prévu à l’orphelinat, que j’ai été contente de retrouver mon « chez-moi » et que Buzz a pu faire connaissance avec les enfants. Il en avait l’air ravi et les enfants aussi.

Me revoilà donc « toute seule » avec ma grande famille népalaise pour deux mois encore. J’ai plein de choses à raconter, des portraits à vous faire découvrir et encore et encore des tranches de vies à vous faire partager. Donc si vous êtes motivés, rendez-vous dans les prochains jours et semaines, je suis à nouveau connectée et « full-time » à l’orphelinat.

See you soon, des gros bisous à tout le monde, en particulier à mes deux plus jeunes et mes trois plus âgés lecteurs, vous me manquez tous !

 

Second bilan

Hé oui, c’est déjà l’heure du deuxième bilan, ça fait déjà plus de 2 mois que je suis là. Le premier mois est passé très vite, le second encore plus.

-    Bilan « relations humaines » tout d’abord : accueillir Matthieu et Chrystèle a vraiment été une expérience nouvelle pour moi ici. Les attendre à l’aéroport, leur présenter les enfants, leur expliquer le fonctionnement et les habitudes de la maison, comme si j’étais ici chez moi… enfin pas tout à fait,  puisque ce n’est pas moi qui ai défini les rythmes et les règles de vie ici. Leur faire visiter Kathmandu et les environs aussi m’a vraiment réconcilié avec cette capitale polluée et surpeuplée, parce que mine de rien, elle ne comporte pas moins de 7 lieux classés au patrimoine mondial de l’Unesco… J’ai retrouvé l’ambiance indescriptible de mes temples bouddhistes préférés et les petites ruelles gorgées de trésors cachés… Je pense que je pourrais bientôt me reconvertir en guide touristique pour français, je connais maintenant plutôt bien les lieux !
A l’orphelinat, pendant la période où Matthieu était là, je lui ai laissé ma chambre et j’ai dormi avec les filles, et évidemment ça nous a beaucoup rapproché. Quand Chrys est arrivée, on a récupéré ma chambre et on a passé des soirées entières à se raconter nos vies, mais aussi à commenter la vie ici. Ses réactions aux différences de culture, de rythme de vie, les mêmes que les miennes la première fois que j’étais venue ici. Ca m’a rassuré d’une part, parce que je me suis dit que je n’étais pas la seule à être choquée par certains comportements (machistes par exemple), et puis d’autre part, ça m’a fait sourire, parce que  je me rends compte que maintenant je m’énerve moins. Je crois que je me suis un peu habituée en fait ou bien que j’ai développé un sens de l’abnégation que je ne me connaissais pas encore^^ Elle m’a aussi gentiment fait remarquer que si je continuais à vivre comme ça au quotidien, mon cerveau allait se ramollir^^ Elle n’a pas tort entre nous, c’est vrai que par rapport à ma vie en France, je n’ai pas ici de stimulation intellectuelle particulière, il faut que je m’achète un bouquin de physique en anglais je crois ;) Pour le vocabulaire utilisé ici à l’orphelinat, je suis maintenant totalement bilingue et ça ne me demande pas de réflexion particulière. Je n’en tire aucune fierté : le simple fait d’avoir maté des centaines d’heures de séries en VO et d’être immergé ici suffirait à n’importe qui pour se débrouiller.
Son arrivée m’a permis aussi de me rapprocher encore plus des garçons, comme elle vous l’a expliqué. Le « Goodnight kiss » est maintenant habituel alors qu’avant la pudeur des garçons m’empêchait de trop les toucher ou les embrasser. Mais ça aussi c’est culturel, on ne se fait pas de bisou ici, et surtout pas entre filles et garçons (et moi apparemment je fais encore trop jeune pour eux, alors que Chrys, elle, fait déjà plus « maman », le fait qu’elle mette des décolletés par ex ne choque personne alors que moi, les enfants, les filles surtout, me le font remarquer tout de suite^^). Bref, il n’y a pas que son (grand ;) ) âge qui ait joué, il y a évidemment aussi sa personnalité, ceux qui la connaissent comprendront. Et ceux qui ne la connaissent pas auront compris qu’elle a un feeling particulier avec les enfants, les ados et à peu près tout ce qui touche l’éducation (nationale^^). Bref, encore une fois, elle m’a beaucoup apporté et pour cela, je la remercie mille fois d’être venue passer ses vacances ici. Bon comme d’hab aussi, elle m’a retourné le cerveau avec ses questions et ses remarques toujours particulièrement  pertinentes, mais bon, on a les amis qui nous ressemblent, je ne le dirai jamais assez !

-    Bilan matériel ensuite : On a acheté les uniformes, les cahiers, les livres, on a fait réparer les sacs. On a augmenté aussi la proportion de légumes dans l’assiette. Apparemment, ça ne dérange pas particulièrement les enfants de manger moins de riz, moi non plus ;) La nouvelle table de travail devrait arriver incessamment sous peu, ce qui veut dire à peu près « on sait pas quand » au Népal. Mais là aussi, j’ai développé une patience à toute épreuve. On a quand même attendu plus d’un mois pour récupérer la table de la cuisine qu’on a fait réparer parce qu’elle était toute branlante, et puis on a aussi attendu un mois que le plombier passe pour nous réparer la pompe électrique du puits numéro 2. Ah oui et puis certains enfants n’ont encore pas tous leurs livres, mais c’est monnaie courante ici à la rentrée apparemment. Du coup, Rubina et Sushma ne peuvent pas faire tous leurs devoirs… Ca me rend dingue ! Bref, wait and see, c’est la philosophie d’ici… parce qu’ils ne peuvent pas vraiment faire autrement en fait ! Bon sinon, du côté des finances, l’argent des calendriers a été presque totalement utilisé, mais il faut croire que j’ai un bon ange gardien, j’ai eu des virements ces derniers jours sur mon compte que je n’attendais pas. Donc merci mille fois à mes bienfaiteurs ;) Oh, et désolée de ne pas toujours répondre à tous vos mails, j’ai eu à peine le temps de les lire ces derniers jours, mais pas du tout d’y répondre… Je me rattraperai après le trek, promis !

-    Bilan psychologique enfin : bon ben, mis à part certaines choses qui m’énervent, je vais toujours plutôt bien :) Et tant que je m’énerve, je me dis que ça va en fait. Je garde toujours à l’esprit le « pourquoi » je suis venue ici pour ces 5 mois, et quand je vois les enfants rire, s’épanouir et finir parmi les premiers de la classe, ça me conforte dans mon choix. Je suis heureuse de faire partie ne serait-ce que quelques mois de leur vie quotidienne et si je peux les aider un peu, en les soulageant dans leurs tâches (dont Chrys vous a parlé, à ce propos Alain, oui je pense que Chrys va pouvoir répondre à ta demande, je lui avais demandé d’écrire un article à tête reposée une fois rentrée chez elle), en les aidant dans leurs devoirs, en leur achetant des vêtements et une nourriture un peu plus riche, en jouant avec eux, en les faisant sortir un peu de leur quotidien, je me dis que c’est la goutte d’eau qui fait la différence pour moi et pour eux.

Bon, et puis aujourd’hui y’a mon deuxième Mathieu qui arrive, et avec lui, on a prévu de gravir l’Everest ! Bon ok, on va pas le gravir, on va juste le regarder depuis le camp de base, mais on va quand même grimper jusqu’à 5500m… J’ai les chaussures de rando qui me démangent là :) Je vais revoir les montagnes que j’ai pu un peu découvrir lors de ma première sortie il y a un mois de ça et j’ai trop hâte. En plus, physiquement, je me sens vraiment bien, le jogging quasi quotidien à 5h et demi du mat’ dont l’itinéraire passe par les plus beaux temples de la ville me fait un bien fou, pour le corps et pour l’esprit. Je suis fin prête à partir, mon sac est fait, y’a plus qu’à récupérer MatBuz à l’aéroport et à embarquer pour Lukla !
Mais pour cela, il va falloir quitter les petits… J’ai laissé à Rubina assez de biscuits pour le thé du matin pour toute la durée de mon trek, c’est-à-dire 18 jours. J’ai eu droit à des mines renfrognées quand je leur ai dit combien de temps je partais. Mais je reste encore 2 mois après mes p’tits loulous ! Et j’ai vraiment besoin de prendre l’air là, sinon je vais exploser, comme disait Chrys, je ne partage pas tout du fonctionnement d’ici, aux différences culturelles énormes s’ajoute aussi le fait de cohabiter avec 15 personnes au quotidien et de gérer les caractères de chacun, j’en parlerai plus dans un autre article si ça vous intéresse. Jusqu’ici ça s’est très bien passé, mon objectif n’est pas de changer toutes leurs habitudes mais si je peux un petit peu faire évoluer les mentalités à mon niveau, ça sera déjà ça de pris. Je reviendrai donc dans 18 jours gonflée à bloc, super heureuse de les retrouver et de profiter des enfants  encore 2 mois complets… oh purée plus que 2 mois en fait… Que le temps passe vite…

It’s the end of an era !

Ca y est, c’est la rentrée. Les vacances sont finies. Les journées entières à jouer à tous les jeux possibles sont terminées. On va reprendre la routine de l’école. Et pourtant quand vous demandez aux enfants si ils sont contents d’y retourner, ils vous crient tous « YESSSS ! ». C’est bien les vacances, mais c’est aussi bien de retrouver les copains d’école et puis ils sont tout contents de mettre leurs uniformes flambant neufs. Ce matin, jour de rentrée, ils se sont tous levés super tôt, une demi-heure avant les autres jours, tellement impatients qu’ils étaient de retourner à l’école. Il faut dire aussi que le fait de ne pas partir « en vacances » rend les journées un peu redondantes. On a essayé tout de même avec Matthieu de les occuper le mieux possible. Après l’après-midi shopping avec les filles, on a fait de même avec les garçons. L’occasion pour tout le monde de sortir un peu de la maison, d’acheter quelques habits, sous-vêtements, chaussures « casual » pour les sorties autres que l’école. Mais aussi un panier de basket, des jeux, des livres etc… On a aussi emmené tout le monde au Fun Park, le parc d’attraction de Kathmandu, c’était une super journée. Avec Matthieu, on a eu l’impression d’avoir fait un voyage dans le temps, vu la vetusté des installations, mais on s’est bien amusé quand même. Voir les enfants aussi heureux ne peut que vous donner le sourire de toute façon. Pour fêter le Nouvel An (on est en 2069 maintenant), après avoir dansé comme des fous toute la journée sur des airs népali, on a emmené tout le monde au resto. Ca nous a couté cher par rapport aux dépenses qu’on a d’habitude, mais c’était une occasion unique. Pour plusieurs d’entre eux, c’était la première fois qu’ils utilisaient une fourchette et un couteau. Alors avec Niru, on a fait comme avec mes p’tits neveux adorés, on a coupé des petits morceaux dans leurs assiettes, montré comment tenir les couverts. Ils ont été impressionné par ma dextérité^^ Les plus grands m’ont imité et ont très bien réussi à se débrouiller. J’étais super fière d’eux. Ils ont mangé des plats un peu différents aussi ce soir-là, pour une fois on n’a pas mangé de riz, mais des momos, des pizzas, des currys de viande et de légumes et plein d’autres trucs. Il fallait tout le temps leur dire de faire doucement, parce que sinon ils auraient eu fini de manger en 5 minutes comme ils font à la maison. Là, ça a duré au moins… 10 minutes ;) Ils se sont super bien tenus, y’a pas eu une fois à leur demander de faire moins de bruit. Ils étaient sages et impressionnés par ce qu’il se passait autour d’eux. Mithu était tellement impressionnée qu’elle n’en a presque rien mangé, c’était touchant comme tout.

Et demain, on va aller visiter un grand temple bouddhiste de Kathmandu, d’où on a une vue sur toute la vallée, et où il y a plein de singes en liberté. Je suis sûre que les enfants vont adorer ça. Je me suis dit que puisque de toute façon j’avais l’intention d’y emmener Chrys et Matthieu, autant prendre tout le monde avec nous. Du coup, on va louer un mini-bus et on va passer l’aprèm là-bas.

Et puis dans 3 jours, Matthieu repart déjà. Ca fait déjà plus de 3 semaines qu’il est arrivé. C’est dingue comme le temps passe vite. Dire qu’il s’est bien intégré est un euphémisme, ils sont tous fan de lui ! C’est devenu le meilleur pote du frère de Krishna (qui squatte ici en ce moment pour travailler sur KTM). Matthieu aide partout où il peut, et malgré son manque de maîtrise de l’anglais, il se débrouille plutôt pas mal pour se faire comprendre. Maintenant on peut même dire qu’il est trilingue, puisqu’il parle un peu népali aussi. Il va manquer à tout le monde ici, aux filles qui l’invitent toujours à discuter un peu dans leur chambre le soir avant de dormir, aux garçons avec qui ils jouent à plein de jeux, aux adultes avec qui il a toujours un bon contact. Tout le monde le trouve « lovely ». Et moi je me vante en disant que tous mes amis « mecs » français sont comme ça, et honnêtement entre nous, c’est vrai. Le fait qu’il aide aux tâches ménagères a été une grande source d’étonnement aussi, on est dans un pays machiste, ne l’oublions pas. Si ça peut faire un peu évoluer les mentalités ici, c’est pas plus mal.

Bref, il va repartir donc, et puis c’est la rentrée, it’s the end of an era !